La photographie post-mortem au XIXe siècle

Bonsoir à tous,

Je profite d’avoir du temps libre pour vous proposer un article plus approfondi que de la mode, qui vous permet d’en découvrir davantage sur mon univers. La photographie post-mortem me fascine depuis longtemps (j’en parle ici), et je l’ai choisi comme sujet d’étude pour ma formation, ce qui m’a motivée à vous en écrire un article détaillé. J’ai commencé une petite collection de photographies post-mortem personnelle, je pense en poster quelques unes sur Instagram si vous cela vous intéresse…? Bonne lecture !

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Intrigante, fascinante, dérangeante, l’ancienne coutume de la photographie post-mortem ne laisse personne indifférent. On peut rejeter la cause à notre société moderne, qui a peur de la mort et tente toujours de la dissimuler, la repousser. Pourtant, la mort fait partie de la vie, depuis la nuit des temps les civilisations ont honorés les défunts, créant un lien presque intime entre le voile léger qui sépare notre monde à celui de l’au-delà. 

Les photographies post-mortem sont apparues au XIXe siècle principalement en Angleterre sous le règne de la reine Victoria, on parle ici d’époque victorienne. Cette pratique s’est aussi répandue dans l’Europe et en Amérique du Nord avec le développement de la photographie.  En effet, jusqu’à la naissance du daguerréotype, l’ancêtre de l’appareil photo, la peinture était le moyen le plus connue pour obtenir un portrait de soi ou de sa famille. La peinture, longue à réaliser, parfois peu réaliste et onéreuse, s’est vue détrônée par la photographie. Malheureusement, au XIXe siècle la mortalité infantile est élevée, en 1860 on compte une moyenne de six enfants par familles. Beaucoup de vies sont sacrifiées au profit de la révolution industrielle, la médecine a encore de nombreuses lacunes. Les maladies font des ravages, les enfants meurent rapidement, jeunes, et la famille en deuil, n’a pas eu le temps d’immortaliser l’enfant disparu. Les familles ont l’idée de commander à des photographes des mises en scène de réunions de famille, avec les membres vivants et décédés. Si cette pratique peut sembler étrange de nos jours, elle était à l’époque la seule solution de conserver un dernier souvenir du défunt.

On estime que la première photographie au monde se nomme le Point de vue du Gras (le Gras étant une ville française) depuis sa fenêtre le français Nicéphore Niépce prend cette photo en plusieurs jours de pose. Ami de Louis Daguerre,  Nicéphore lui donnera ensuite l’idée pour construire son futur daguerréotype.  C’est le premier procédé capable d’enregistrer et d’afficher de manière exploitable une image de façon permanente. Il produit une image sans négatif sur une surface d’argent pur, polie comme un miroir, exposée directement à la lumière. Le daguerréotype fut remplacé au fil du temps par l’Ambrotype, le Ferrotype puis par la photographie par l’albumine, tous des procédés précédents l’invention de Daguerre.

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Daguerréotype.

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Le daguerréotype apparaît en 1839, mais le temps de pose est long, environ trente minutes, oblige les photographes à user d’astuces pour réaliser leurs clichés, en particulier ceux avec les défunts en position debout. Les familles veulent, surtout dans la première partie du XIXe siècle, donner l’illusion du réalisme aux morts, yeux ouverts, position debout ou assise, mise en scène avec la famille autour, comme si l’individu était toujours vivant. Différentes supercheries sont inventées, on colorait les joues en roses des morts sur les photos, on retravaillait le regard pour donner une expression moins vide, on était vraiment en présence des premières pratiques de retouches photos. La plus surprenante de ces pratiques était l’installation de soutien pour les cadavres que l’on voulait debout, avec des articulations pour tenir le dos et la tête droite, les bras dans différentes positions…etc. Il n’est pas rare qu’un jeune enfant pose en présence de son frère ou sa sœur décédé sur la même photographie, et on peut parfois distinguer la mère en arrière voilée d’un grand drap pour s’effacer sur l’image et tenir en place l’enfant vivant et turbulent durant les trente minutes de pose. On assiste à des images fantomatiques, perturbantes mais touchante également.

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Le spiritisme très populaire à cette époque entraîne son lot de supercheries: ainsi, certains photographes et voyants crapuleux feront croire à des familles endeuillés que leur proche disparu pourrait réapparaître lors d’une séance de spiritisme et être photographié avec eux. Il s’agissait bien sur de montages photos, mais convaincants au XIXème siècle.

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Si ces photographies apportent réconfort aux familles endeuillées, elles sont aussi des biens précieux pour la famille. On préfère à la fin du XIXe siècle, photographier les morts dans leur cercueil, richement décorés de fleurs et objets mortuaires, entourés de la famille ou seuls, dans un souci de naturel. On les croit endormis dans leur lit, dans les bras de leur mère, ces photos plus douces sont également très courante. Enfin, on peut inclure dans les photographies post-mortem les clichés de deuil, de sépultures, des cortèges funéraires, des animaux de compagnie décédés, et les crimes et tragédies comprenant des victimes.

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Après l’apparition de la photographie instantanée au XXe siècle et la baisse progressive des mortalités infantiles, la pratique de la photographie post-mortem décline. Aujourd’hui on réalise encore des photographies post-mortem au sein des maternités, et dans les communautés religieuses d’Europe de l’Est. Après 200 ans, cette coutume ignorée ne cesse d’intriguer le monde moderne, autre temps autres mœurs, ne nous permettons pas de juger les générations passées et laissons l’histoire continuer de nous surprendre.

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Documentations recommandés:

PICKOVER, Clifford. Le Livre de la Mort et de l’Au-delà: De Thanatos à la résurrection quantique, Dunod, 2016, 224 p.
MORD, Jack. Beyond the Dark Veil : Post Mortem & Mourning Photography, Thanatos Archive, 2014, 200 p.
BRAVE, Sir Robin. « Une vie pauvre à l’époque victorienne », Figaro, [En ligne], 19 août 2010, (Page consultée le 4 novembre 2017)
BÉDARIDA, François. L’ère victorienne, Presses universitaires de France, 1974, 128 p.
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11 réflexions au sujet de « La photographie post-mortem au XIXe siècle »

  1. Et bien je ne connaissais pas du tout. J’avoue que j’ai été intriguée par le sujet à la lecture de son titre et en fait c’est tout à fait compréhensible. Merci pour ce bel article.

  2. Très intéressant, il est effectivement très compliqué de trouver des ouvrages relatant les rites funéraires ou mortuaires ! Du autres informations ou recherches seraient appréciées ! Merci beaucoup

  3. Je connaissais cette pratique,merci pour cet article car la mort est assez tabou mais ici on parle d’amour et de garder le souvenir des disparus. La photo du bébé m’a émue aux larmes.

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